Plus de 150 ans d'histoire

En neuf mois de travaux, débutés le 4 septembre 2017, le plus ancien des parcs de loisirs de France a connu sa plus importante métamorphose depuis sa création en 1860. Paysages recomposés, patrimoine architectural restauré, manèges modernisés, offre de restauration diversifiée et qualité de service améliorée, le Jardin d'Acclimatation s'est refait une beauté ! Découvrez son histoire.

1860 - 1870 : Un Jardin révolutionnaire au temps des découvertes

Un jardin anglais à la française… Lorsque le Jardin d’Acclimatation est inauguré, le 6 octobre 1860, par Napoléon III et l’impératrice Eugénie, le Bois de Boulogne connaît un grand chambardement depuis déjà dix ans. L’Empereur visionnaire a pour ambition de faire aménager sur tout le périmètre un parc paysager dessiné selon le modèle des jardins anglais. C’est dans ce contexte de « remodelage » à l’orée de la capitale qu’est crée le Jardin Zoologique d’acclimatation, après quinze mois de travaux. Inauguré en présence de personnalités comme Hector Berlioz, Alexandre Dumas, Prospère Mérimée ou Théophile Gautier, le Jardin suscite la ferveur du public dès son ouverture, le 9 octobre 1860. Toutes les couches de la société se pressent au Jardin d’Acclimatation pour s’extasier devant les girafes, les zèbres, les kangourous, les guépards et les antilopes.
Pour réaliser son grand rêve, le couple impérial s’entoure des créateurs les plus en vue du Second Empire : l’ingénieur Jean-Charles Alphand, l’architecte Gabriel Davioud et le paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps, sous la direction du baron Georges Eugène Haussmann, inventeur iconoclaste du Paris moderne. Le Jardin doit sa naissance à une concession de 15 hectares accordée par la Ville de Paris à la Société Impériale Zoologique d’Acclamation. Fondée en 1854 par le zoologiste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et quelques amis, l’objectif est alors clairement établi : favoriser l’introduction, l’adaptation et la domestication des espèces animales et végétales venues des civilisations les plus lointaines en recréant artificiellement leur milieu naturel. Ce gigantesque espace d’agrément à triple vocation scientifique, divertissante et éducative devient un fleuron de la capitale.

Le Jardin est inauguré en présence d'Hector Berlioz, Alexandre Dumas, Prospère Mérimée, Théophile Gautier...

1870-1871 : Le Jardin extraordinaire dans les tourments de la guerre

La guerre de 1870 avec la Prusse brise l’envolée du Jardin d’Acclimatation et interrompt les amusements oisifs des parisiens. Entièrement assiégée par les armées ennemies, la capitale subit pendant 135 jours la coupure des lignes télégraphiques. Les animaux les plus précieux, préservés dans des parcs zoologiques de province, cèdent leur place aux bestiaux - (30 000 boeufs et 180 000 moutons) - destinés à nourrir les parisiens. Mais la durée du siège et le froid polaire provoquent une terrible famine.
En décembre 1870, faute d’aliments ordinaires, on se résout à sacrifier les quelques animaux exotiques encore présents au Jardin d’Acclimatation. Et c’est ainsi que les menus de la Saint-Sylvestre rivalisent de bizarreries et d’extravagance avec des cornes excentriques ou des rognons de chameau. Le siège de Paris démontre la vaillance et l’utilité des pigeons voyageurs comme moyen de communication. Dix jours avant le siège, le Préfet du Nord prend la précaution d’expédier au Jardin d’Acclimatation 1 500 de volatiles, pour qu’ils rapportent à leur point de départ des informations sur la situation dans la capitale. Certains d’entre eux parviennent à transporter les premiers microfilms, un procédé inventé par le photographe René Dragon (1813-1900). Également appelés pigeongrammes, des photographies miniaturisées contenant 3 000 messages. Le Jardin d’Acclimatation, encore meurtri, est reconnu « établissement public».

1872- 1875 : La renaissance du Jardin

Réaménagé et embelli, le Jardin d’Acclimatation ouvre à nouveau en 1872. Maintes améliorations y sont apportées et de nouvelles attractions apparaissent, pour le plus grand plaisir des visiteurs. Une bergerie supplémentaire, des écuries, une nouvelle magnanerie, des parcs d’élevage de canards, un vaste chenil, un buffet, un « panorama », un gymnase réservé aux enfants qui peuvent aussi faire des promenades à dos de zèbre, de dromadaire, de chèvre ou d’autruche… Le parc retrouve sa flamboyance avec une fréquentation qui atteint plus de 10 000 visiteurs certain dimanche.

En 1878, le Jardin offre à ses visiteurs le plaisir d’une balade pittoresque en faisant l’acquisition d’un ingénieux système ferroviaire : le Petit Train, inventé par l’industriel Paul Decauville (1846-1922). À l’origine, la ligne part de l’Étoile et traverse le bois de Boulogne, mais son tracé est rapidement modifié et la Porte Maillot devient, jusqu’à aujourd’hui, la gare de départ. Le Petit Train est tiré par deux poneys, passe au moteur à explosion au XXe avant d'aborder le XXIe siècle à l'électrique.

En 1878, le Jardin d'Acclimatation fait l'acquisition du Petit Train.

Le Jardin d’Acclimatation reconquiert aussi son statut de lieu des sciences et de la culture. Les concerts hebdomadaires sur la grande pelouse et les cycles de conférences scientifiques ponctuent la programmation annuelle du parc. Un musée du Sport et de la Chasse est également inauguré. Grâce à la variété de ses collections, de ses attractions et de ses manifestations, le Jardin d’Acclimatation est alors le lieu le plus prisé des parisiens.
Après la guerre de 1870, le ministère de la Guerre décide de doter la France d’un réseau de colombiers militaires. Le premier est construit en 1875 au Jardin d’Acclimatation sous la direction de l’administration des Postes.
Les volatiles sont soumis à la conscription et sont inscrits à Paris sur un registre, afin de pouvoir les réquisitionner en cas de besoin. Ils sont soumis à un entraînement régulier. À cet effet, le Jardin patronne le sport colombophile et impressionne chaque année grâce à ses lâchers de milliers de pigeons. Des concours réunissant des participants de nombreux pays sont, eux aussi, couronnés de succès. Le Jardin présente une exposition de pigeons voyageurs à laquelle se presse une foule curieuse d’admirer les vainqueurs internationaux de 1872, 1873 et 1874 et les représentants des meilleures races anglaise et belge dont l’établissement a fait l’acquisition. Témoin de cette époque, le pigeonnier trône toujours au cœur du Jardin d’Acclimatation.

1877 - 1931 : Spectacles ethniques et culture de masse au temps des colonies

La IIIe République marque les esprits par sa passion effrénée pour l’exotisme, les voyages et l’ethnologie. De nombreuses manifestations s’inscrivent dans le cadre de l’expansion coloniale. C’est en 1877 qu’est organisé la première exhibition ethnographique d’un groupe humain au Jardin d’Acclimatation. Pour Albert Geoffroy Saint-Hilaire, alors directeur du site, l’occasion est trop belle. Une troupe de Nubiens livrée par le zoologiste allemand Carl Hagenbeck est installée devant les écuries entre le pavillon des lamas et celui des mammifères. Le succès est immédiat et l’attraction est si lucrative que 22 autres exhibitions vont suivre en vingt-ans celle de 1877.

Certes, les exhibitions ethniques favorisent la rencontre et la découverte de l’autre, comme le souligne en 1903 le Guide du promeneur : « Les exhibitions ethnographiques, dont le Jardin d’Acclimatation a comme le monopole, ont le double mérite d’éveiller la curiosité de la foule et de l’instruire en mettant sous ses yeux des races humaines ». Mais le sensationnalisme recherché par la direction du Jardin est sévèrement désavoué par la Société d’Acclimatation. La fréquentation annuelle double pour atteindre 830 000 entrées. L’année suivante, les parisiens abondent pour voir d’autres « individus singuliers », des Gauchos argentins et des Lapons : le nombre total de visiteurs frôle le million. Une Laponne donne même naissance à une petite fille baptisée « Parisienne ». La série d’exhibitions s’achève en 1931 sur une triste mystification : une centaine de Kanaks est hébergée dans des cases primitives et présentée à un public crédule comme des « sauvages polygames et cannibales ». Aujourd’hui, c’est autour de l’égalité entre les peuples, de la fraternité des nations que le Jardin d’Acclimatation invite, chaque printemps, une région ou un pays dans ses allées à envahir pacifiquement ses dix-huit hectares

1920-1951 : L’école buissonnière des loisirs parisiens

Au début du XXe siècle, le Jardin d’Acclimatation s’écarte de sa mission éducative pour s’orienter progressivement vers plus de distraction.
Sur fond de vive concurrence, l’injonction voltairienne « il faut cultiver son jardin » résonne fortement aux oreilles de son directeur de l’époque, Albert Hertel. La présentation d’animaux et une nature exotique ne suffisent plus à attirer un vaste public à la recherche des sensations fortes que lui procurent les nouveaux parcs d’attractions, comme Luna Park, situé depuis 1909 à la porte Maillot, ou Magic City, installé en 1911 en bord de Seine.
Pour attirer les familles et les enfants, le Jardin d’Acclimatation prend pour modèle le parc d’attractions danois de Tivoli à Copenhague et se dote de manèges modernes. Il multiplie les projections cinématographiques et les spectacles de cirque. Il aménage également un Guignol, des pataugeoires et un toboggan, et crée le Zoo des petits où se côtoient poneys, chèvres et ânons. Il tente enfin de se profiler comme centre sportif, en organisant chaque année des rencontres cyclistes et en envisageant la construction d’une grande piscine et d’un Stade de France. Mais la Seconde Guerre Mondiale anéantit l’élan du Jardin. Il faut attendre les années 1950 pour que le site franchisse une nouvelle étape dans sa trajectoire et évolue en « parc de promenades, de loisirs de plein air dont les attractions doivent avoir un caractère instructif, sportif et familial ». Un théâtre de Guignol est créé en 1954, dont le succès ne sera jamais démenti.
Aujourd’hui, le Jardin d’Acclimatation, affecté à titre principal à la promenade publique, constitue un parc modèle. Un lieu de détente et d’agrément pour les visiteurs, et prioritairement pour la jeunesse. Le caractère familial, éducatif et pédagogique du Jardin d’Acclimatation s’articule autour de quatre orientations majeures : la nature, la culture, le sport et les jeux.

1952-2016 : Des années de déclin au retour aux sources

En 1952, le groupe Boussac succède à la Société du Jardin Zoologique en obtenant la concession du parc auprès de la Ville de Paris. La Fauverie disparaît. Le Jardin s’enrichit en animaux familiers, mais dans les rues du Bois de Boulogne, c'était à peine si on entend siffler le Petit Train. Face à à l’apparition de nouveaux modes de loisirs (la généralisation de la télévision et l’essor des jeux vidéo) d’une concurrence inédite (le Parc Astérix et Disneyland en tête), faute de renouvellement et d’investissements, le Jardin d’Acclimatation essuie le désamour du public : le compteur tombe à 600 000 visiteurs par an.
Le déclin est inévitable. Une nouvelle partie du site, après les clubs hippiques, est soustraire au périmètre de la concession par le Ministère de la Culture et la Ville de Paris. L’emblématique Palmarium, chef-d'œuvre de verre et d’acier, est détruit pour y construire le musée des Arts et Traditions populaires. Dans le même temps, le parc abandonne sa gestion à quelques sous-concessionnaires qui n’en ont ni la vision, ni l’envie. Le Jardin est à bout de souffle.

Mais le salut arrive en 1995, lorsque le Groupe LVMH se voit confier une nouvelle concession pour 20 ans. La mission du Jardin d’Acclimatation est alors clairement établie : « il est affecté à titre principal à la promenade publique. Il doit constituer un parc modèle, lieu de détente et d’agrément pour les visiteurs prioritairement pour la jeunesse. Le caractère familial, éducatif et pédagogique du Jardin doit être préservé et développée selon quatre orientations majeures : la nature, la culture, le sport et les jeux. » En partenariat avec la Ville de Paris, avec l’appui de son actionnaire LVMH, le Jardin d’Acclimatation sort du marasme.
Adieu le béton, fini le ciment. Place au bois, aux kilomètres de verdure et aux allées de fleurs. Trois hectares de paysages sont remodelés et de nombreuses animations et manifestations sont organisées tout au long de l'année. Le Jardin développe une programmation événementielle variée, en mettant l’accent sur la mixité et la gratuité. Il multiplie les aires de jeux en accès libre. Doucement, le parc reprend des couleurs jusqu'à atteindre une année record en 2015 avec 2 million de visiteurs. Le Jardin d’Acclimatation retrouve sa vocation d’antan, tout en se renouvelant, s’ouvre à une clientèle internationale différente, tout en développant une politique à destination des centres de loisirs et de la vie associative parisienne.

2017-2018 : 9 mois de grands travaux

Nous gardons tout ce que vous aimez, nous inventons tout ce que vous aimerez.

2 juin 2018 : Inauguration du nouveau Jardin d’Acclimatation par Bernard Arnault et Anne Hidalgo