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Patrimoine architectural

LES PÈRES FONDATEURS
L’inventeur du Paris moderne : Georges-Eugène Haussmann

La ville

En 1830, Paris ne compte que quelques grandes artères. Dans son centre-ville, une des plus larges, des plus longues, des plus luxueuses, des plus confortables, grâce à ses proportions imposantes et à son ensoleillement, est la rue Saint-Honoré, qui mesure tout au plus une quinzaine de mètres de largeur.
La capitale est un labyrinthe de petites rues dont la complexité et l’absence de marquage urbain sont telles que les gens ne quittent que très rarement leur quartier de peur de se perdre. Les eaux usées s’écoulent, en partie, à l’air libre et les sources d’eau potable se limitent souvent à des puits et des fontaines susceptibles d’être contaminés.

L’homme

Georges-Eugène Haussmann est né à Paris le 27 mars 1809. Ce protestant, brillant élève du Collège Henri IV et du Lycée Condorcet fait ses études de Droit tout en étant élève au Conservatoire de musique de Paris. Nommé sous-préfet d’Yssingeaux (Haute-Loire en Auvergne) à 23 ans, il entame une brillante carrière de haut fonctionnaire. C’est en 1852 que Napoléon III confie à Georges-Eugène Haussmann la charge de faire entrer la capitale dans la modernité, en le nommant Préfet de la Seine. Entre 1852 et 1870, il dirige les transformations du Paris du Second Empire et élabore un vaste plan de rénovation urbaine sur le modèle de Londres. Avec le culte de la ligne droite et de la perspective, des immeubles identiques et alignés, il amène l’eau, l’espace, l’air, l’hygiène, le confort ainsi que de nombreux parcs, squares et jardins dont, entre autres, le Jardin Zoologique d’Acclimatation. Au total, il rase ou modifie 60% des immeubles parisiens.

Le projet

Il mène à bien sa mission, en se dotant d’instruments juridiques adéquats et d’outils techniques modernes, comme les premières machines de terrassement mécaniques. Il fait l’objet d’attaques violentes, notamment de la part de Jules Ferry qui publie les « Comptes Fantastiques d’Haussmann » et du député Ernest Picard qui l’accuse d’enrichissement personnel, mais après un contrôle des comptes, son honnêteté n’est officiellement plus remise en cause. Il meurt le 11 janvier 1891 et est enterré au cimetière du Père Lachaise dans le 20ème arrondissement.
L’œuvre du Baron Haussmann fait de lui un géant dans l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme. Un célèbre boulevard parisien porte aujourd’hui son nom et l’on peut y voir, au numéro 132, sa statue, œuvre du sculpteur François Cogné.

Les génies bâtisseurs : Jean-Charles Alphand et Gabriel Davioud

Le chef d’orchestre

Jean-Charles Alphand (1817-1891), à sa sortie de l’Ecole Polytechnique, rejoint le corps des Ponts et Chaussées dont il sera un des plus brillants ingénieurs. Le Baron Haussmann le nomme à la direction des Parcs et Jardins en 1853. C’est sous ses ordres que sont aménagés les bois de Boulogne et de Vincennes, le Jardin Zoologique d’Acclimatation, l’ensemble des parcs parisiens, notamment les Buttes-Chaumont, Monceau, Montsouris, les jardins des Champs-Elysées, ainsi que les nombreux squares dispersés dans la capitale, comme ceux des Batignolles, d’Anvers, du Temple ou le square Émile Chautemps.

Il intègre à sa mission la botanique, l’art paysager, la standardisation des mobiliers urbains et la logistique de conduite de chantier. Il prend une part déterminante aux préparatifs de l’Exposition Universelle de 1867, en particulier par le nivellement de la colline du Trocadéro, dont la terre sert à aménager le Champ-de-Mars. Il est, en outre, l’un des principaux auteurs du règlement d’urbanisme parisien de 1884. Jean-Charles Alphand est l’animateur de l’équipe qui réunit autour du Baron Haussmann, l’architecte Gabriel Davioud et le paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps.
Un monument, réalisé par le sculpteur Aimé-Jules Dalou, lui rend hommage sur l’avenue Foch dans le 16ème arrondissement de Paris, non loin du Jardin d’Acclimatation.

Le dessinateur

Gabriel Davioud (1823-1881) représente l’éclectisme architectural en vogue sous Napoléon III. Après avoir obtenu le Second Grand Prix de Rome, il est nommé inspecteur général des travaux d’architecture de la Ville de Paris et architecte en chef au service des promenades et plantations. Jean-Charles Alphand lui confie le soin de dessiner et de réaliser les kiosques, les vespasiennes, les colonnes Morris, les bancs, les lampadaires et les grilles d’arbres. Le décor de ce mobilier, le plus souvent inspiré du monde végétal, fait entrer la nature dans la ville, comme un prolongement des espaces verts si chers à Napoléon III. C’est le premier programme concerté de mobilier urbain à destination des promeneurs et des piétons, avec celui de Londres. C’est à ce titre que Gabriel Davioud passe pour un pionnier du design urbain.
Il ajoute à ce talent celui d’architecte, en réalisant notamment, en 1858, le Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées, en 1860-1862, les deux théâtres de style Renaissance italienne de la Place du Châtelet, la Fontaine Saint-Michel, les grilles du parc Monceau, l’avenue de l’Observatoire en 1867, l’ancien Palais du Trocadéro construit à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1878, encore visible pour celle de 1900 mais qui est remplacé en 1937 par le Palais de Chaillot. Gabriel Davioud conçoit également les logements et les Fabriques – maisons et enclos abritant les animaux – des bois de Boulogne et de Vincennes. Pour le seul Jardin d’Acclimatation, il construit, l’Aquarium aujourd’hui disparu, les Grandes Écuries, les Fabriques, la Grande Volière, la Magnanerie et le Pavillon Eugénie.
Faisant preuve d’une grande liberté créatrice, il puise et mêle les styles hanséatique, vénitien, gothique flamboyant et oriental. Il invente un genre coloré, spectaculaire, à l’ergonomie parfaite, du plus petit au plus grand bâtiment ou équipement.

Un jardinier paysagiste de talent : Jean-Pierre Barillet-Deschamps

Un inventeur et un réformateur

Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873) est le jardinier paysagiste du XIXème siècle. Son influence sur le « décor » parisien reste intacte.
Issu d’une famille de cultivateurs girondins, il invente des moyens de reproduction rapide pour les plantes. Dans sa jeunesse, il participe activement à la réforme des prisons pour mineurs, d’une part en créant des jardins d’étude, d’autre part en introduisant de nouvelles méthodes agricoles et horticoles destinées à rendre ces centres de détention auto-suffisants sur le plan alimentaire et donc à améliorer les conditions de vie des prisonniers.

Découvert à Bordeaux par Georges-Eugène Haussmann et Jean-Charles Alphand, respectivement préfet et ingénieur en chef du département de la Gironde, Jean-Pierre Barillet-Deschamps est nommé par le Baron jardinier en chef du Service des Promenades et Plantations de la Ville de Paris. Il redessine les bois de Boulogne et de Vincennes, le Jardin du Luxembourg, le Parc Monceau, les Buttes-Chaumont et Montsouris. En 1865, il aménage le jardin anglais du Jardin des plantes du Mans. À Lille, il conçoit le Jardin Vauban et, à Roubaix, le parc Barbieux. Jean-Pierre Barillet-Deschamps est l’importateur du parc à l’anglaise en France dont il s’inspire pour créer un style caractéristique de l’art des jardins du Second Empire – une composition d’ensemble avec des allées courbes, des mouvements de sols, des rocailles. Tout en recréant des scènes de la nature, il théâtralise des éléments d’architecture et des « paysages à thèmes ». L’apport de Barillet-Deschamps à la conception et à la réalisation du Jardin d’Acclimatation dont il est le paysagiste en chef s’avère déterminant. Il dessine un « parc d’exposition » s’organisant autour d’une grande ellipse ovale avec une rivière et un lac au centre de la composition. Jean-Pierre Barillet-Deschamps organise cet espace autour des pièces d’eau qui drainent les marais. Il offre des perspectives sur les principaux bâtiments et « fabriques » qui le ponctuent. Cette disposition permet au Jardin d’Acclimatation de conserver son style d’origine, alors que ses limites ont varié au gré des époques.
La postérité n’a pas assez rendu justice à l’oeuvre exceptionnelle de ce pépiniériste, jardinier et paysagiste que fut Jean-Pierre Barillet-Deschamps. Si, en France, il demeure dans une ombre imméritée, il est admiré à l’étranger. Il meurt à 49 ans au sommet de sa gloire à Vichy. Cent cinquante ans plus tard, nous marchons, rêvons et jouons toujours dans les paysages qu’il a imaginés et élaborés.

L’empire des sciences : la dynastie des Saint-Hilaire

Le Jardin d’Acclimatation doit sa fondation à Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Issu d’une illustre famille de scientifiques, il enfante des plus grandes découvertes scientifiques du Second Empire.
Son père, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844), est un zoologiste aux théories neuves et hardies. Destiné à une vie ecclésiastique, cet enfant des Lumières voit son destin basculer en 1793, lorsque le naturaliste Louis Daubenton, alors premier directeur du nouveau Muséum national d’Histoire naturelle, lui offre un poste de professeur en zoologie. Il n’a que 21 ans. La même année, il supervise la constitution de la Ménagerie du Muséum du Jardin des Plantes. Après avoir participé à l’expédition de Bonaparte en Égypte, il est admis à l’Académie des Sciences. Père spirituel de l’évolutionnisme cher à Darwin, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire ouvre les vannes de l'anatomie comparée des animaux.
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861), hérite de son aïeul un goût prononcé pour la recherche des grandes lois naturelles. Génie précoce, il obtient un doctorat en médecine à 24ans et parachève les travaux de son père avec « L’ Histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez l’homme et les animaux », ouvrage fondateur de la tératologie, la science des malformations congénitales. Élu en 1833 à l’Académie des Sciences, il succède à son père comme professeur de zoologie au Muséum. Son ambition : donner à la zoologie un statut de discipline de front. En 1854, avec le soutien de Napoléon III, il crée la Société impériale zoologique d’acclimatation. L’objectif est de doter la France de nouvelles espèces végétales du monde entier, en favorisant leur adaptation à un nouvel écosystème. Son fils, Albert Geoffroy Saint-Hilaire (1835-1919), est, lui aussi, un zoologiste distingué qui joue un rôle déterminant dans le rayonnement du Jardin d’Acclimatation entre 1865 et 1893. Aujourd’hui, le Jardin est engagé dans une démarche de préservation de la biodiversité de la flore hexagonale et des espèces animales, sous la surveillance de cinq animaliers et d’une équipe de la Direction des Services Vétérinaires.

Les emblèmes de verre et d’acier aujourd’hui disparus

La Grande Serre : l’architecture des défis

Dès l’origine, une serre est placée à l’entrée du Jardin d’Acclimatation. Il s’agit de celle des frères Lemichez, célèbres horticulteurs qui ont ouvert rue de Villiers, à Paris, un vaste jardin et ont fait construire une serre appelée « Le Palais de Fleurs ». Il n’est pas prévu initialement d’installer la structure dans le parc, mais grâce à une souscription lancée par l’Impératrice Eugénie, elle est rachetée et remontée près du portique d’entrée. Son inauguration le 15 février 1861 est un événement mondain, rehaussé par la présence de l’impératrice. Le bâtiment, entièrement vitré, est soutenu par trois grandes voûtes parallèles en fer. Dans ce jardin couvert coule une rivière artificielle et indolente, surplombée par une grotte, comme on en retrouve encore une, au bord du lac du Jardin d’Acclimatation, animée d’une cascade en rocaille, qui confère à l’ensemble un caractère sauvage. A l’arrière, un petit espace chauffé fait office de cabinet de lecture et, à l’avant, une élégante marquise coiffe la grande entrée.

Le Palais d’Hiver : un étonnant jeu de construction

Un vaste édifice de verre et de métal voit le jour au Jardin d’Acclimatation. C’est à la même époque que sont édifiés d’autres bâtiments à l’architecture métallique : le Crystal Palace à Londres, la Tour Eiffel et la Nef du Grand Palais à Paris.
Les plans initiaux du Jardin d’Acclimatation ne comportent pas de grande serre. Pourtant, une souscription spéciale permet l’acquisition du « Palais des Fleurs » qu’une certaine demoiselle Lefebvre avait fait construire dans le village de Villiers, non loin de Levallois-Perret. Démontée et implantée au Jardin, cette serre de 75 m de long, 25 m de large et 10 m de haut, est ouverte au public en 1861. On peut alors y admirer des fougères arborescentes, des aloès, des bananiers, des araucarias. En 1887, des serres supplémentaires sont ajoutées et l’ensemble couvre alors 1 000 m². Mais, trois ans plus tard, un réaménagement s’avère nécessaire. Dans cette optique, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire organise un concours public que remporte en mai 1890 l’architecte Émile Bertrand. Natif de l’Aude, il a déjà bâti des édifices officiels dans le Roussillon, avant de s’illustrer dans l’aménagement du palais Beaumont à Pau. À 34 ans, il s’impose avec le Palais d’Hiver comme un maître de l’élégance moderne, alliant la construction métallique à la transparence du verre.
D’une superficie totale de 8 000 m², le Palais d’Hiver se compose de serres, d’une galerie, d’un palmarium, d’une salle de conférences et de concerts, et de volières.
Depuis un bassin central, des allées dessinent une promenade à travers des feuillages exubérants et des plantes odoriférantes que le jardinier en chef, Patry, combine en une symphonie de couleurs et de senteurs. Le dépaysement et l’exotisme sont tels que le chroniqueur du magazine « Le Jardin » « croit voir un coin des tropiques  ». Une galerie, surélevée et bordée de vitrines renfermant des animaux empaillés et des coquillages, surplombe la serre, offrant des vues spectaculaires, notamment sur une cascade jaillissant d’une grotte artificielle. D’un côté, une serre secondaire expose les plus beaux spécimens de la flore australienne et sud-américaine. De l’autre, six petites serres, élégantes et commodes, encadrent une salle de repos.
En souvenir du Palais d’Hiver, un bâtiment construit en 1998 au Jardin d’Acclimatation porte son nom. Un trompe-l’œil est réalisé par Catherine Feff, artiste peintre, sur ce nouveau Palais d’Hiver situé à côté du Pigeonnier.

Le Palmarium : une arène dédiée à la découverte

Le Palmarium fait la fierté du Jardin d’Acclimatation. Ce bâtiment couvert de plus de 1000 m2, conçu par l’architecte Émile Bertrand, connaît un succès immédiat. Officiellement inauguré le 6 mars 1893 par le Président de la République, Sadi Carnot, ce dernier, en tant que polytechnicien, apprécie particulièrement les aspects techniques de cet édifice.
Abritant des arbres et des plantes tropicales, la serre chauffée occupe moins du quart de la surface du bâtiment. Le reste se compose de deux salles polyvalentes réparties sur deux niveaux, agrémentées de larges balcons et dédiées aux manifestations publiques (expositions, conférences…) visant à vulgariser les connaissances sur les milieux exotiques que la colonisation fait alors découvrir.
La construction d’un Palmarium s’explique alors par l’intérêt nouveau porté aux contrées tropicales, consécutif à l’expansion et au souci de promotion des empires coloniaux en Afrique et en Asie. Le Palmarium accueille divers types de manifestations, comme un salon des plantes tropicales, une exposition d’avions de guerre pris aux Allemands durant la Première Guerre Mondiale, mais aussi de sulfureuses exhibitions de groupes humains.
La serre tropicale représente l’apogée du Jardin d’Hiver. Elle est un modèle exemplaire d’une architecture moderne, novatrice, aérienne. Elle est la préfiguration du Grand et du Petit Palais, édifiés pour l’Exposition universelle de 1900. Elle fixe la norme des grandes salles d’expositions polyvalentes, qui reste toujours d’actualité cent trente ans plus tard.

Le Musée National des Arts et Traditions Populaires fermé au public depuis 2005, a transféré ses collections au MUCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à Marseille. Il deviendra, en 2020, « La Maison LVMH / Arts - Talents - Patrimoine », un lieu unique en bordure du Jardin d’Acclimatation et du bois de Boulogne, dédié aux spectacles, aux expositions, aux métiers d’art et à l’artisanat du XXIe siècle.

L’Aquarium : l’immersion dans un nouveau monde

Un autre édifice de verre et de métal voit le jour au Jardin d’Acclimatation. « Le plus grand, le plus beau et le plus complet de tous ceux faits jusqu’ici », s’enflamme l’ingénieur britannique William Alford Lloyd quand il termine la construction de l’Aquarium en 1861. Ce remarquable bâtiment de 40 mètres de long et 10 mètres de large, qui abrite quatorze réservoirs vitrés, est un miracle de technologie. Avec son système complexe de filtrage et de circulation permettant de restituer les propriétés de l’eau de mer, la grande ménagerie aquatique suscite d’emblée l’admiration.
Dix bassins sont remplis d’eau de mer et quatre d’eau douce. Une mise en scène et en lumière met en valeur les poissons de mer et de rivière. Pour la première fois, les visiteurs peuvent découvrir, loin du littoral, des poissons de mer vivants. Jusqu’alors, ils n’avaient que la possibilité de les voir au Jardin des Plantes sous une forme naturalisée ou plongés dans un bain de formol qui ternit leurs couleurs.
Les classes aisées de la société française se prennent de passion pour la fresque vivante que forment les anémones de mer, les crabes, les pieuvres et les oursins. Empreinte du progrès, de la science et du génie humain, l’Aquarium du Jardin d’Acclimatation est alors décrit comme le gardien moral rapprochant le spectateur d’une nature lénifiante. Le premier directeur du Jardin, Etienne de Rufz de Lavison (1806-1884), tire un enseignement de l’observation des animaux marins : « Que d’attaques, que de poursuites, que de chocs et de combats, entre ces êtres qui se dévorent et qui vivent les uns des autres ! Malheur aux vaincus, aux blessés, aux faibles ! La pitié, la miséricorde sont des sentiments inconnus du monde animal. Ce spectacle fait apprécier les sociétés humaines qui sont d’autant plus parfaites que le faible y trouve plus de protection. Si La Fontaine vivait de nos jours, il serait un des visiteurs les plus assidus de l’aquarium, et qu’au sortir du Jardin d’acclimatation, il ne manquerait pas demander à tous ceux qu’il croiserait : Avez-vous vu l’aquarium ? »

Un patrimoine architectural retrouvé

Les Grandes Ecuries : l’Arche de Noé

L’augmentation du nombre des quadrupèdes nécessite la construction de nouvelles écuries. Réalisées en 1860 par Gabriel Davioud, les Grandes Ecuries sont traitées de manière noble. Longues de 48 mètres et larges de 9 mètres, elles hébergent jusqu’à trente espèces animales différentes. Cette diversité est déjà un spectacle en soi. Dans quinze boxes de dimensions variées se côtoient différents animaux d’attelage, dont les buffles, les hémiones, les autruches, les dromadaires, les zèbres, les yaks, qui sont utilisés pour promener les visiteurs. Paul et Virginie, les deux girafes ramenées d’Abyssinie en 1902, font l’émerveillement du public. Ce couple d’animaux rares figure parmi les quinze girafes présentées dans toute l’Europe.

Durant la journée, ces mammifères s’ébattent dans les cours et les parcs environnants. Ils sont soignés dans une infirmerie vétérinaire située à l’arrière du bâtiment.
Le premier étage est occupé par des incubateurs d’oeufs qui assurent la reproduction et la vente des oiseaux. Orientées comme un plateau de théâtre visible de tout le Jardin, les Grandes Ecuries sont dotées en leur centre d’un pignon coiffé d’une horloge, percé de baies à meneaux et orné d’un balcon, où se distinguent les influences vénitiennes et hanséatiques. Les baies, montants et voussures sont encadrés de pierres ouvragées.
À la fin du XIXe siècle, le Jardin d’Acclimatation compte environ 250 chevaux de races différentes telles que le percheron, le pur-sang, le breton, l’arabe ou le poney nain de Java… Dès 1874, dans un « petit manège », une école d’équitation spécialement destinée à la jeunesse voit le jour. Plus tard, une nouvelle école s’adresse aux cavaliers expérimentés. Pendant la Première Guerre Mondiale, les chevaux sont réquisitionnés par l’armée. Transformées en infirmerie militaire, les écuries accueillent dès lors les chiens utilisés par les armées.

Aujourd’hui, avec sa charpente et sa toiture restaurées, l’antre des Grandes Ecuries renoue avec le style unique du Second Empire.

La Grande Volière : innovation et acclimatation

Gabriel Davioud dessine et réalise, en 1860, cette structure monumentale : sa longueur totale atteint 63 mètres, sa hauteur culmine à 6 mètres et sa surface couvre 700 m². Elle abrite seize loges closes et couvertes donnant sur les cages grillagées. L’ensemble repose sur une dalle hors-sol en ciment aggloméré imperméable, sur laquelle sont montés des murs, à l’arrière et sur les côtés.

La Grande Volière est installée dans un repli de terrain, abritée au nord par un mur qui sert d’appui à l’édifice, ce qui la protège de l’humidité. Gabriel Davioud apporte un soin particulier à l’aspect des cages, en les embellissant de ferronneries décoratives, comme des faîtages, en les nichant dans des environnements végétaux luxuriants, en les ornant de grands bassins.
La Grande Volière est un temple de la conservation des oiseaux en captivité. Dès sa création, elle dispose d’une installation rare pour l’époque, des « fabriques nursery » qui accueillent les oisillons. Son niveau exceptionnel de confort lui permet d’être, en effet, le lieu de nombreuses naissances. En 1866, on y élève, reproduit et héberge jusqu’à 1 500 faisans qui servent à repeupler les domaines de chasse.

Aujourd’hui, le bâtiment est recomposé en 5 Grandes Volières présentant des zones biogéographiques : Océanie-Australie, Asie du Sud-Est, Afrique et Amérique du Sud. Fidèle à sa vocation originelle, la Grande Volière abrite un nombre incroyable d’oiseaux, de reptiles et de micromammifères, venus des civilisations et des cultures lointaines, sous forme de tableaux naturalistes interactifs.

Le Cercle Hippique : le point de convergence de la bonne société

En 1873, un cercle hippique de style néo-mauresque est construit à proximité des Grandes Ecuries et communique avec le parc. Ce complexe héberge également les éléphants et les girafes du Jardin d’Acclimatation.
L’équitation est à la fois un loisir mondain, un sport et un moyen de déplacement. Outre des salles pour les cavaliers, le Cercle Hippique est doté, au-dessus des manèges, de larges mezzanines accueillant le public qui assiste aux concours équestres, aux ventes de chevaux et d’animaux exotiques du Jardin.
Le Cercle Hippique est aujourd’hui le paradis des chevaliers en herbe, qui ont le privilège de mettre le pied à l'étrier dans un cadre historique exceptionnel adossé au bois de Boulogne.

La Magnanerie : un laboratoire à la pointe de la recherche

S’inscrivant dans le cadre de la révolution industrielle et scientifique qui transforme la France dans la seconde moitié du XIXème siècle, la Magnanerie répond à la vocation première du Jardin : l’acclimatation. Elle contribue au développement de la soie, qui est toujours un tissu précieux, mais dont la demande est en croissance constante.
C’est encore à l’architecte Gabriel Davioud que nous devons ce centre de recherche moderne et performant, où ont lieu de nombreuses expérimentations d’acclimatation des vers à soie sur diverses essences d’arbres, telles que le chêne, l’ailante ou le ricin. Les résultats de ces expérimentations sont suivis avec attention par l’industrie textile de l’époque. Gabriel Davioud élabore, en 1860, un bâtiment palladien de 120 m2, long de 15 mètres et large de 8 mètres, d’une hauteur sous-plafond de 4 mètres, augmentée d’une charpente de 4 mètres, soit plus de 8 mètres sous faîtage. Le plafond est encore équipé d’un système mécanique qui permet de déplacer des charges rapidement grâce à des rails fixés sous la charpente. Les mûriers sont cultivés sur des comptoirs et où la lumière est modulée par des fenêtres et trois grandes portes. Cette disposition permet aux employés et au public d’observer l’intense activité des vers et la complexité merveilleuse de la fabrication de la soie.
En raison de sa grande fonctionnalité architecturale, cette élégante maison est, d’abord, reconvertie en pavillon d’exposition, puis, de nos jours, en un restaurant à l’allure avant-gardiste de la fin du XIXe siècle.

Le Pavillon Eugénie : le chef-d’oeuvre classique de Davioud

Construit avant 1850, donc bien à l’aménagement du bois de Boulogne et du Jardin d’Acclimatation, ce pavillon d’un étage est un parfait exemple du style développé par l’architecte Gabriel Davioud.
La façade de 30 mètres de large et d’une hauteur de 7 mètres sous corniche est constituée de briques appareillées de deux couleurs en bandes horizontales, à l’instar des Grandes Ecuries du Jardin et des pavillons-logements dispersés dans le bois de Boulogne. Les encadrements de portes, les balcons, les fenêtres et les bossages sont en pierre vermiculée et décorée de petites stries sinueuses évoquant la trace d’un ver dans la terre. Ajouté ultérieurement, le bâtiment situé entre le pavillon et l’allée principale est couvert de treillages sur toute la hauteur. La large avancée de son toit est parcourue d’une frise en bois découpée, caractéristique de l’architecture de l’époque. Ce pavillon, aux fenêtres ornées de géraniums, constitue à lui seul une calme promenade vers le passé, un saut dans le temps avec la douce impression de se retrouver au coeur d’une province tranquille de la IIIème République naissante.

En 1860, la structure abrite à l’étage le jardin d’expériences de l’Impératrice Eugénie. Il est aujourd’hui remplacé par une Maison de thé. Dans les bâtiments annexes qui entourent une jolie cour intérieure, de nombreux ateliers sont proposés aux enfants et à leurs parents : théâtre, peinture, cuisine, magie… Ils constituent une première initiation à l’univers des arts, de la science et à la compréhension de la nature. Au coeur de l’îlot bâti se cache un jardin où l’on peut découvrir la richesse d’un potager et la diversité des plantes aromatiques, renouant ainsi avec l’une des vocations originelles du parc : acclimater la flore.
Le Pavillon Eugénie honore également sa mission pédagogique, en proposant aux plus jeunes des ateliers ludiques pour cultiver leur savoir et éveiller leur curiosité en matière de développement durable.

Les Rocailles du Jardin : promenade artistique

Pour construire jusqu’au XIXème siècle, on utilise un liant de construction permettant de rassembler les pierres : le mortier de chaux. Mais ces conditions d’utilisation sont empiriques et contraignantes. C’est l’une des raisons de la lenteur à construire en pierre jusqu’au XIXème siècle. En 1844, Joseph Monier (1823-1906) dépose un brevet pour un nouveau liant de construction, appelé ciment rapide, qui sèche en seulement quelques heures. Cette invention révolutionne la construction, la chimie et la physique. Ainsi, l’édification du Palmarium du Jardin d’Acclimatation, dont les proportions et les volumes sont imposants, ne nécessite que trois ans et demi, soit trente fois moins longtemps que ce qui est observé à l’époque pour ce type de bâtiment. Jusque dans les années 1870, le ciment rapide est souvent utilisé pour créer des éléments décoratifs extérieurs résistants aux intempéries.

Le Jardin d’Acclimatation compte trois exemples remarquables de rocailles : la Cascade, le Rocher aux Daims et la Petite Falaise du Potager. La Cascade est équipée d’un système d’adduction d’eau, conçu par Jean-Charles Alphand. Dominant un enclos de 1800 m², le Rocher aux Daims mesure 8 mètres de haut. Il est bâti avec des blocs de grès autour d’une « fausse grotte » au centre. A sa base, des petits redents soutenus par des pierres en ligne dessinent des terrasses successives où les animaux peuvent se tenir à plat pour se faire admirer des visiteurs. Autour de cette montagne imaginaire, une forêt sombre de pins forme un grand bosquet qui se prolonge jusqu’à l’allée Alphand.
Le Rocher aux Daims est aujourd’hui remplacé par le Rocher des Mouflons et des Marmottes. Cet espace est dédié à la découverte de la biodiversité française et européenne, par l’intermédiaire de deux espèces montagnardes que sont les soufflons et les marmottes dans un jardin alpin.

La Petite Ferme : un espace rural dans la ville

La Petite Ferme est le résultat d’un siècle de constructions pour animaux, appelées « fabriques », dont le style est un joyeux mélange de diverses influences. L’originalité et le réalisme de ces bâtiments en font des références iconographiques que l’on retrouve régulièrement dans les livres pour enfants et les dessins animés.

Dès son ouverture, le Jardin d’Acclimatation attribue à chacun des animaux un espace autour de sa maison. Chaque enclos est limité par un grillage ajouré qui permet aux pensionnaires de percevoir l’environnement boisé. C’est au Jardin d’Acclimatation qu’est inventé, en 1860, le parc zoologique moderne, où le bien-être animal constitue un facteur déterminant du succès.
De style anglo-normand, la Petite Ferme du Jardin d’Acclimatation, bâtie en 1972, est dédiée aux jeunes visiteurs, qui, d’un coup d’oeil, embrassent l’ensemble des sept bâtiments, volontairement sous-dimensionnés. Cette ferme à l’échelle 4/5ème est donc réservée aux enfants. Les maisons sont largement ouvertes, afin de favoriser l’observation des animaux, même quand ils sont à l’abri. Les mangeoires sont conçues comme des éléments du spectacle d’une ferme et sont donc placées de façon visible.
Unique en son genre, la Petite Ferme pédagogique reste la seule en activité à proximité de Paris. Ses petites maisons ont pour habitants moutons, dindons, lamas, pintades, lapins, cygnes, chèvres, ânes… Ce joyeux petit monde s’organise au rythme des saisons et des naissances, éduquant ainsi les jeunes citadins aux cycles de vie du monde rural.

Les musées du peuple